Art de vivre

Sur nos traces pèlerines

Connaissez-vous Cheryl Strayed? Écrivaine originaire de Pennsylvanie, elle part sur un coup de tête traverser les 1700 kilomètres du chemin des crêtes du Pacifique à l’âge de 26 ans. La raison de son départ? Le seul salut qui lui reste afin de revenir à la femme qu’elle était. Son célèbre roman autobiographique Wild : marcher pour se retrouver laisse transparaître avec merveille une histoire parmi tant d’autres. Celles de femmes et d’hommes qui prennent un jour la route poursuivant leur propre chemin de pèlerinage.

On déambule quotidiennement

Sur place, chez nous, au travail et dans les transports en commun. Accroché(e)s, entremêlé(e)s que nous sommes à nos préoccupations quotidiennes, notre déambulation suit ce rythme. Jusqu’à ce que nos pas s’étirent.

D’un pas à l’autre, la tendance s’inverse et notre déambulation donne alors la mesure. Le corps et ses sens se mobilisent. D’une chute à l’autre, nos pas s’ancrent dans un « inspire » puis un « expire ». Conscient(e)s de ses bienfaits physiques et réflexifs, des hommes et des femmes ont placé au cœur de leur vie cette cadence lui donnant une dimension pèlerine. À travers cette quête, nous allons suivre les traces pèlerines de trois chemins. Un partant de la ville de Montréal et les deux autres traversant la ville.

Du pèlerinage

Étymologiquement le mot pèlerinage nous vient du latin peregrinus qui signifie « étranger ». Sous l’Empire romain, le pérégrin est, plus qu’un étranger, un homme libre. Entre sa province conquise et Rome, son attachement est en perpétuel mouvement. Un même mouvement qui habite le pèlerin que nous connaissons. Entreprenant un voyage, son déplacement lui fait quitter sa communauté pour un lieu sacré. Nait alors un chemin autour de ce lieu, qui suit les voies terrestres déjà établies par l’Homme.

Guidé(e)s par cet héritage, c’est ce qu’ont entrepris des Québécois(es) amenant en 2018 le nombre de chemins de pèlerinage à dix-huit. Nous allons en suivre trois d’entre eux : le Chemin des Sanctuaires, le Chemin des Outaouais et la Voie du Saint-Laurent. Tous trois suivent les eaux du fleuve qui, depuis tout ce temps, se sont désignées comme voie de traverse, de pèlerinage.

Le Chemin des Sanctuaires

Fondé en 1999, Le Chemin des Sanctuaires, reliant Montréal à Sainte-Anne-de-Beaupré, avec ses 375 kilomètres, est le premier à naître. Pensés par Denis Leblanc, un policier à la retraite, les 1800 kilomètres parcourus sur le Chemin de Compostelle lui insufflent l’idée d’un Compostelle québécois. Ayant comme point de départ l’Oratoire Saint-Joseph à Montréal, une descente du fleuve Saint-Laurent sur sa rive sud nous attend. Puis, à mi-parcours – au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap de la région de Trois-Rivières –, c’est la rive nord qui nous mène à la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré de la région de Québec.

Le Chemin des Outaouais

Poursuivant les traces de ce chemin, voit le jour en 2005 le Chemin des Outaouais. C’est un résident de l’Outaouais, Rodolphe Latreille, qui importera son expérience humaine et spirituelle vécue sur le chemin de Compostelle. Grâce à la complicité du Chemin des Sanctuaires, ce chemin arrime Ottawa à Québec sans interruption. Le chemin des Outaouais de 240 kilomètres, au départ de la Basilique-Cathédrale Notre-Dame d’Ottawa, descend la rivière des Outaouais jusqu’à Vaudreuil en passant par l’île Perrot qui nous ramène à la pointe ouest de Montréal pour terminer à l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal.

Le Chemin qui marche, Magtogoek

Près de 10 ans plus tard, la Voie du Saint-Laurent, le chemin qui marche nait sous les pas de Brigitte Harouni et Eric Laliberté. Elle, enseignante et directrice au secondaire et lui, animateur de vie spirituelle, ils créent Bottes et Vélo, un service professionnel d’accompagnement et de soutien aux pèlerins. D’une rencontre en 2008, en 2014, ils déploient le Chemin qui marche ou Magtogoek – expression de plusieurs nations amérindiennes qui désignent ainsi le fleuve Saint-Laurent. Entre deux symboles géographiques nord-américains, les chutes du Niagara et le rocher Percé, nous traversons 1870 kilomètres en passant par Kingston, Montréal, Trois-Rivières, Québec, Rivière-du-Loup, Rimouski et Matane. Ce chemin nous ramène à la naissance du fleuve Saint-Laurent jusqu’à nous (re)plonger dans l’océan au cœur du Golfe.

Que vous partiez pour plusieurs jours ou pour plusieurs semaines, seul(e) ou accompagné(e), le pèlerinage s’entend comme une « quête de sens, d’espoir ou de libération ». Les aléas peuvent vous amener à parcourir uniquement 50 kilomètres — ce que j’ai vécu. Les douleurs et les crissements de vos muscles vous demandant d’arrêter. Mais votre intention vous amènera toujours plus loin et vous permettra de reprendre la route. Sur les chemins de pèlerinage, prenons la route et un pas à la fois (re)construisons nous, (re)découvrons nous.

Et qui sait nous nous rencontrerons peut-être sur nos chemins de pèlerinage. Bonne route!

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