Vie de quartier

On se rejoint dans la ruelle!

Matous, cordes à linge, hangars, lilas et terrains de jeux: nos ruelles sont bien vivantes! Chacune a son identité, ses odeurs et ses couleurs. On développe tous un sentiment d’appartenance à notre ruelle.

Les ruelles sont un héritage anglais. À l’instar des portes cochères, elles permettent aux voitures, à cheval d’abord, à moteur ensuite, d’accéder à l’arrière des lots. Comme une entrée secondaire et discrète pour les domestiques. Parce que ce serait bien choquant de voir passer les livreurs par l’avant des luxueuses demeures du Golden Square Mile! Au départ, elles sont réservées aux biens nantis.

Les ruelles se démocratisent lors du développement de quartiers ouvriers comme le Plateau, Rosemont, Saint-Louis du Mile End, etc. Elles permettent une plus grande densification sur rue tout en donnant accès à l’arrière des propriétés. C’est une question de rentabilité des terrains développés et d’argent.

À une époque, Montréal est si dense en certains endroits qu’on trouve des maisons dans les cours arrières, des maisons de fonds de lot, auxquelles il faut accéder soit par une porte cochère soit par la ruelle. Peu de ces maisons ont survécues, entre autre à cause de la piètre qualité de leur construction. Certaines ont été transformées en garage. On trouve quelques survivantes dans le Plateau notamment.

Attends-moi dans la ruelle!

Si on est aujourd’hui très fier de nos ruelles, elles ont eu longtemps mauvaise presse.  On les considérait peu fréquentables, sales et mal éclairées. On les évitait, surtout la nuit. Le jour, c’était l’itinéraire quotidien des livreurs de glaces, de viandes, de légumes et de charbon… et le terrain de jeux des enfants qu’on imagine se retrouver entre bande de voisins de tous âges créer les jeux les plus dangereux, un peu laissé à eux mêmes, mais toujours surveillés du coin de l’œil par les femmes de la ruelle. Dans ces quartiers centraux montréalais, les cuisines sont installées à l’arrière des logements. Entre les corvées de lessives, les négociations avec les vendeurs ambulants et la préparation des repas, ces dames n’étaient jamais trop loin de leur marmaille. Le roman de Claude Jasmin, La Petite-Patrie, nous y plonge.

Dès les années 1960, la ville est tannée de la mauvaise réputation des ruelles. Elle décide de faire un nettoyage et lance des opérations de démolition des anciens hangars à charbon. Le mode de chauffage a changé, mais les hangars demeurent des nids à feu. Les démolir permettra aussi d’ouvrir les ruelles sur les maisons et d’y faire pénétrer plus de lumière. Encore ici, plusieurs anciens hangars à charbon subsistent. C’est assez pratique vu le peu de rangement de nos appartements montréalais! On les reconnaît facilement: le plus souvent recouvert de tôle grise, ils bordent la ruelle et sont dégagés des résidences mais connectés par un étroit balcon. Parfois, on peut encore voir la petite porte donnant sur la ruelle par laquelle entrait le charbon (et même exceptionnellement la poulie servant à hisser les sacs de charbon).

Nos voisins de ruelle

De nos jours, la ruelle est un lieu de sociabilité. Dans la rue j’ai quelques voisins, mais dans la ruelle j’en ai encore plus! Les enfants de tous âges s’y retrouvent pour y jouer. On joue à la marelle, on installe le filet de hockey. On y apprend à faire du vélo pas de p’tites roues!! Les mères les appels pour qu’ils rentrent souper.

On jalouse le souper du voisin qu’on hume de son BBQ. On jase en étendant son linge sur la corde… C’est comme un lieu semi-intime. Par convention, on accepte d’être plus proche de nos voisins de ruelle.

Malheureusement, l’urbanisme a changé et les développements résidentiels à partir des années 1950 n’ont plus eu de ruelles. Ils ont des entrées de garage recouvert de tempo l’hiver. Les anciens quartiers ajoutent de nouvelles ruelles vertes chaque année, leur aménagement étant plus créatifs les uns que les autres. On y trouve des jeux pour les enfants, des sculptures, des terrasses communes, des bancs publics et des jardins communautaires. Entre la cour privée et le parc public.

Avec mon chien, je marche beaucoup, les ruelles de mon quartier son autant de chemins supplémentaires à emprunter pour découvrir et être inspiré. Avez-vous une ruelle préférée?

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