Le Culturel

La Place des Arts: Une fourmilière artistique

Le centre-ville de Montréal a plusieurs visages: le cœur des affaires avec la Place Ville-Marie et le boulevard René-Lévesque, les universités et autres lieux d’enseignement, le magasinage jusqu’à épuisement sur la rue Ste-Catherine-le-Centre-Eaton-Les-Promenades-de-la-Cathédrale-le-LaBaie-et tutti quanti. Jouxtant ces nombreuses activités, nous sommes très chanceux d’avoir une offre artistique riche, actuelle et diversifiée! Des lieux pour réfléchir, se questionner, être avec soi-même tout en s’ouvrant aux autres. Je parle ici de la Place des Arts dans le Quartier des spectacles.

Là où bat le cœur de la culture montréalaise

Sortir au métro Place-des-Arts peut être d’un ennui sans nom. Mais si on va jusqu’au fond du corridor, vers l’œuvre de Frédéric Black L’histoire de la musique à Montréal (1967), face à la lumière et aux couleurs on a déjà une première expérience. Un musicien du métro est souvent posté près de la verrière. Il arrive aussi qu’on y présente des performances artistiques. On pénètre dans le corridor menant à la Place des Arts où les publicités présentent les diverses productions à l’affiche. Et elles sont nombreuses! Enfin on arrive dans cet espèce de hall aux portes des salles de spectacles. Aujourd’hui, six salles y ouvrent leurs portes au public. Elles ont toutes leurs particularités: de la grandiose Wilfrid-Pelletier à l’intimiste et polyvalente 5e Salle.

La croisée des chemins

Le jour, il y a les heures de pointe où les piétons pressés traversent hâtivement le complexe. Puis, il y a le reste de la journée où curieux et promeneurs s’arrêtent (parfois égarés) happés par les oeuvres qui articulent l’espace. Les plus remarquées sont les oeuvres multimédias projetées sur la mosaïque d’écrans. Deux autres œuvres permanentes articulent aussi le lieu. Depuis 1992, ces oeuvres font entrer la lumière de l’Esplanade dans le sous-terrain.

Outre les passeurs, on croise les artisans, les artistes, les coordonnateurs, ceux qui rendent possible la performance du soir. Circulent aussi les visiteurs du Musée d’Art Contemporain, établi sur la Place des Arts en 1992. Il sera prochainement rénové et agrandi.

Le soir, l’heure de pointe s’étire et on distingue mal celui qui craint de rater le début du spectacle du travailleur pressé de rentrer chez lui. La fourmilière artistique s’anime. Il y a une fébrilité dans l’air. Chaque spectateur assistera à une découverte du moment — peut-être longtemps espérée. Nous sommes alors dans l’anticipation d’un moment que nous espérons inoubliable. Un brouhaha d’amateurs de culture de tous genres et de tous âges. Les spectacles commencent, un certain calme s’installe.

Et puis, les salles se vident de ses spectateurs l’une après l’autre. Certains ravis, d’autres fatigués…

La Place des Arts depuis plus de 50 ans

Ce qui a consolidé, dès les années 60, la vocation artistique de ce quadrilatère, c’est l’idée de créer un centre de création et de diffusion des arts. Un projet comme le Lincoln Center à New York érigé en 1962.

À Montréal, c’est notre fameux Jean Drapeau qui met en place le projet avec un groupe d’hommes d’affaire. Sont déjà installé dans le secteur le Monument National (1893) et le Théâtre St-Denis (1916) et d’autres théâtres qui n’ont pas passé l’épreuve du temps… L’ancien Red Light de Montréal se trouve juste à l’est de St-Laurent. Si aujourd’hui ce n‘est qu’un vague souvenir, en 1950 on travaille fort à le faire disparaître. L’armée s’en mêlera d’ailleurs, mais c’est une autre histoire. Bref, j’imagine bien la gang de monsieur moustachus réunis pour discuter des actions à prendre pour changer la dynamique du secteur tout en profitant de ses atouts… Quand leur vient une idée géniale: rasons tout et installons un complexe monumental!

J’ironise un peu parce que de nos jours l’idée de «tout raser» serait inacceptable. Nous sommes collectivement plus difficile à convaincre qu’un projet monumental viendra régler des problèmes sociaux importants. Mais à l’époque, celle de Don Draper, un petit verre de scotch, quelques monsieurs convaincus et hop!, on couche un projet sur papiers. La conséquence c’est que plus de 50 ans plus tard, nous avons des équipements artistiques dont la contribution à la culture est inestimable.

Un quartier qui s’actualise

La Place des arts a toujours su s’actualiser notamment avec les nombreux ajouts de salles, du Musée d’Art Contemporain, et plus récemment de la Maison symphonique. Les rénovations à la salle des pas perdus, devenu l’Espace Georges-Émile Lapalme, ont aussi ouvert un autre lieu de diffusion moins formel, plus directement accessible au grand public qui doit littéralement le traverser pour accéder à la station de métro ou à la rue Ste-Catherine. Les travaux sur l’Esplanade seront complétés en 2019 et déjà les transformations sont forts agréables. L’Esplanade est mieux intégrée à la rue et les différents espaces sont mieux mis en valeurs.

Pour 5 minutes ou pour 5 heures

La Place des Arts me semble être un reflet des montréalais: accueillante, actuelle mais en accord avec ses fondements, ouvertes à tous et confortable. On peut y passer 5 minutes, on peut prendre le lunch dans les marches extérieures, on peut y aller pour un festival, hiver comme été, on peut y aller avec des enfants, des parents, des amis. On peut aussi s’y sentir bien seul. Quand on expérimente une œuvre artistique, peu importe sa forme, on est toujours seul dans la réception qu’on en a. Être seule, mais ensemble est un sentiment que je chéri.

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