Histoire

Le regard symbolique des Premières Nations à Montréal

Bonjour, comment allez-vous ? Hello, how are you ? Boozhoo, Aan Ezhiayaayin ?

Cette dernière phrase vous intrigue? Et pourtant, accolés à ses traductions françaises et anglaises, la langue anishinaabemowin appartient tout autant à l’histoire culturelle du Canada. Il semble évident que vous aurez peu de chances de l’entendre au détour d’une rue. On peut néanmoins s’étonner qu’au delà de la présence linguistique, la représentation symbolique et culturelle des Autochtones soit aussi faible dans la ville de Montréal. Les Premières Nations de Montréal sont les premiers habitants de l’île, adversaires et alliés de la Nouvelle-France. L’histoire commune liant les deux peuples mérite plus que quelques symboles peu visibles. Sauf si, bien sûr, on sait où regarder. C’est cette facette méconnue que je vous propose de découvrir dans ce premier article dédié aux Premières Nations de Montréal.

Le récit de la ville

Il est des lieux qui nous attirent naturellement tant l’on sait qu’ils sont chargés d’une histoire unique. Ici, c’est bien sûr le Vieux-Montréal! Un endroit qui regorge d’emblèmes, de statues et d’inscriptions qui résonnent. Comme un hommage aux ancêtres qui ont contribué à la création de Montréal et à son évolution depuis 376 ans. Pourtant, alors que l’on flâne le long des ruelles pavées et qu’on se repose sur l’un des bancs de la Place d’Armes, on peut observer certains « détails » nous entourant, comme autant de représentations plus ou moins réussies concernant les Premières Nations.

Les monuments

L’une des plus visibles est l’œuvre de Louis-Philippe Hébert, le Monument à Maisonneuve, dédié à la mémoire du premier gouverneur et fondateur de Montréal. Aux quatre coins, l’on retrouve quatre personnages emblématiques de l’histoire de la ville; notamment un guerrier iroquois appelé simplement «L’Iroquois». Accroupi, le regard en coin, sa présence semble aussi importante que les autres même si les bas-reliefs mettent en scène sa mort par le Sieur de Maisonneuve. Une plaque placée sur l’édifice Royal Trust, rue St-Jacques, évoquait d’ailleurs le combat entre un chef iroquois et le gouverneur. On y lisait que ce dernier «tua le chef indien de ses propres mains». Une phrase paradoxale dans ce schéma d’unité qui était au centre de controverses depuis plusieurs années et qui a mené au retrait de la plaque en août 2018.

Pour un autre symbole, nul besoin d’aller bien loin. Mettez-vous dos au monument et vous pourrez voir l’imposant bâtiment à colonnes de la Banque de Montréal. Levez encore les yeux et vous verrez sa façade ornée de sculptures représentant les armoiries de la banque, de la ville de Montréal et aussi deux Autochtones. Bel hommage me direz vous! Pourtant, il semble étrange de les voir arborer moustaches et plumes d’oiseaux exotiques. À croire que le sculpteur n’a jamais vu d’autochtones en Amérique du Nord. Et en effet, John Steell, sculpteur écossais, n’aurait jamais foulé le sol américain. En termes de juste représentation, on aura vu mieux!

La toponymie

Et enfin pour finir, évoquons aussi certains amérindianymes montréalais. Ces noms de rues ou de complexes peuvent parfois prêter à interrogations lorsqu’on les découvre.

La terrasse Sagamo, situé à Rosemont Petite Patrie, signifie « grand chef » pour les Abénaquis.

Saraguay, un secteur boisé à l’est de l’île, signifie «chemin des cageux».

La ruelle Chagouamigon dans le Vieux-Montréal signifie «longue bande de sable sous la surface de l’eau» en ojibwé.

Il en existe bien d’autres désignant même parfois des personnages emblématiques de l’Histoire tel que Pontiac ou Tecumseh. A défaut de l’entendre, les langues autochtones peuvent finalement bien se voir au coin d’une rue!

Le témoignage du passé

Mais au delà des symboles, il y a aussi le témoignage de l’histoire et la reconnaissance qui, lorsqu’ils sont permis, rassemblent les peuples dans la réconciliation. À Montréal, elle n’aurait pu être mieux représentée que le 4 août 2001. Cette date célébrait alors le tricentenaire de la Grande paix de Montréal. Un événement majeur dans l’histoire de l’Amérique du Nord qui vit la rencontre de mille trois cents délégués autochtones provenant de trente-neuf nations. Autant que tous les habitants de Montréal à cette époque!

En ce 4 août 1701, ils signèrent entre eux et avec la Nouvelle-France, une paix qui mettait fin à des décennies de guerre. L’endroit même de la signature se serait situé sur la place d’Youville. C’est pourquoi deux plaques commémoratives furent apposés dans un portion de la place renommée Place de la Grande-Paix-de-Montréal. Non loin, si l’envie vous prend, n’hésitez pas à visiter le musée Pointe-à-Callière qui propose une exposition permanente sur cet événement. Vous pourrez y découvrir la chronologie des négociations ainsi que des copies du traité originel signé par les représentants autochtones. D’ailleurs, saviez-vous que l’un deux, le chef Wendat Kondiaronk, grand artisan de cette paix, serait enterré sous la place d’armes?

Premières Nations de Montréal

Exposition: Arnait – Karine Giboulo Crédit photo: Mikael Theimer

Faire vivre l’héritage culturel

Ainsi, j’espère que cette courte balade vous aura amené à découvrir une nouvelle facette de la ville et des Premières Nations de Montréal. Même si la représentation autochtone demeure faible, de nombreux organismes tentent d’augmenter sa visibilité à travers de nombreux événements. Le festival Présence autochtone qui se déroule tous les ans au mois d’août, la journée nationale des peuples autochtones le 21 juin ou encore les très nombreux Pow Wow, ces manifestations festives où le chant et la danse se mêlent à une démonstration de la culture des Premières Nations. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à aller faire un tour sur le site de Tourisme Autochtone, véritable mine d’or d’informations sur toutes ces activités.

Comme disait le philosophe français Nicolas Malebranche: «La curiosité ne nous est donnée que pour nous porter à découvrir la vérité». Ainsi, entre reconnaissance et réconciliation, entre culture et découverte, l’apprentissage de l’histoire autochtone résonne comme cet autre regard sur l’histoire du Canada tout entier.

 

Photo en couverture: NWSM25

 

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