Vie de quartier

Le Beaubien, à la folie

À la défense du Beaubien!

Le cinéma Beaubien est un vrai cinéma de quartier. Dans une ville où les cinémas ont une fâcheuse tendance à fermer (l’Excentris sur Saint-Laurent et Le Parisien sur Sainte-Catherine, pour ceux que j’ai connus), le Beaubien trône fièrement sur la rue du même nom, en face du parc Molson. Son enseigne lumineuse d’un autre temps semble nous dire « vous n’avez pas fini d’entendre parler de moi ».

Ce lieu est bel et bien une institution de l’arrondissement Rosemont—La Petite-Patrie, et pour cause! Ses citoyens, commerçants et politiciens l’ont sauvé de la faillite en 2000. Le cinéma, nommé alors Le Dauphin et propriété de la multinationale Cineplex Loews Odeon, avait bien failli plonger et disparaître à jamais du paysage montréalais. Heureusement, une grande mobilisation de la communauté lui a permis de renaître sous la forme d’un cinéma indépendant et de reprendre par la même occasion son nom d’origine.

Ce temple de culture fait aujourd’hui partie intégrante de l’histoire et de l’âme de son quartier. Il rayonne bien au-delà, attirant de nombreux cinéphiles des quartiers avoisinants, qui viennent y chercher la sélection qualitative et l’atmosphère intimiste de ce petit — 5 salles, tout de même — cinéma du coin.

Qui n’a pas râlé en faisant la queue dehors par une journée glaciale, maudissant l’idée farfelue de conserver le guichet extérieur en hiver?

Mais, aussi, qui n’a pas souri, le printemps revenu, devant le charme suranné de ce même guichet, véritable invitation à la conversation entre cinéphiles en file indienne sur l’avenue Louis-Hébert ?

Une fois entrée, l’odeur de maïs soufflé me chatouille les narines. La combinaison popcorn et cinéma d’auteur continue de m’étonner, mais passons.  J’entre dans l’obscurité d’une salle et m’enfonce dans un siège moelleux; l’aventure commence.

Le Beaubien, pour les intimes, privilégie le cinéma francophone et les films de répertoire. Il n’hésite pas à choyer les petits par sa sélection familiale dès les vacances scolaires venues et, en tout temps, il encourage les parents à s’offrir une séance avec leur nouveau-né.

J’ai testé!

Il y a eu le malaise des cinq premières minutes, pendant lesquelles bébé cherche une position confortable à grand renfort de grognements et pendant lesquelles ma voisine, aussi inquiète que moi à propos des deux heures à passer à côté de ce petit ange, m’interroge du regard, se demandant, perplexe, si j’ai eu là une bonne idée. Finalement, bébé s’endort et me laisse profiter de mon film de grands, et c’est seulement au générique de fin qu’il commence à manifester le début de sa faim. Je n’ai pas renouvelé l’expérience par la suite, mais je la recommande à tout parent avec un petit de 2 ou 3 mois pendant la sieste, en se tenant bien sûr près de la sortie, en cas d’évacuation précipitée.

Ma dernière virée au cinéma Beaubien remonte à la semaine dernière. J’y découvrais le film italien Folles de joie. Le titre m’avait laissé imaginer une comédie; je suis plutôt ressortie les yeux bouffis et les joues encore humides. Heureusement, la nuit était tombée. Je pouvais cacher mon émotion aux passants croisés sur la rue Beaubien.

 

Direction Chez Roger

L’expérience du Beaubien est pour moi intimement liée avec celle d’un verre au bistro Chez Roger, avant ou après le film. Deux coins de rue me séparent du cinéma; à peine le temps pour moi de retrouver un œil plus sec.

Chez Roger, le temps s’est arrêté. Ce bistro de quartier n’a pas d’âge, il y flotte une intemporalité qui laisse toute la place à l’imagination. Je découvre que cette ancienne taverne a presque le même âge que le cinéma Beaubien, de trois ans son aîné.

On s’assoit au comptoir, prêtes à voir la Béatrice du film surgir et prendre place à nos côtés. La transition vers le monde réel se fait en douceur, des notes de musique italienne résonnent encore dans nos têtes et nous quittons peu à peu le road trip fabuleux dans lequel les deux « folles » du film nous ont entraînées.

Finalement, après un verre de Chianti et un débriefing sur le film que nous venons de voir, je suis prête à déserter la Toscane pour revenir à Montréal, un voyage magnifique!

Depuis 1937, le Beaubien anime le quartier. Fier défenseur du cinéma d’ici, il n’a pas fini de nous émouvoir, d’ouvrir nos horizons et de nous transporter de plaisir.

La chanson qui nous berce pendant le film s’intitule Senza fine, ou Sans fin en français. Trame sonore parfaite pour accompagner mon générique de fin et souhaiter une longue vie au cinéma Beaubien… et à son guichet extérieur par -30°C!

 

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