Vie de quartier

Fer forgé, marches et colimaçons

Il suffit de quelques minutes passées dans quelques quartiers montréalais pour les remarquer. Ils sont généralement en fer forgé, ils sont souvent noirs, parfois colorés, ils sont bien droits ou en colimaçon. Ils sont typiques de Montréal. Tellement typiques qu’on les retrouve sur les cartes postales de la ville. Ils sont uniques au monde. Tellement uniques qu’on ne les retrouve qu’à Montréal.

Mais pourquoi sont-ils à l’extérieur, ces fameux escaliers? Bien que les historiens ne s’entendent pas tout à fait sur les raisons exactes de leur apparition, plusieurs théories semblent expliquer cet élément architectural si particulier. Certains disent simplement que l’on a sorti les escaliers pour des raisons de sécurité et de salubrité. Mais il nous semble que cette explication manque un peu d’histoire, justement.

Tout débuterait au milieu du 19e siècle, quand les habitants des régions commencent à s’installer en grand nombre à Montréal. Les familles sont nombreuses et ont besoin de se loger, rapidement. On se met donc à construire les fameux plex, ces maisons en rangées à deux et souvent trois étages. On est alors dans les quartiers modestes canadiens-français, quartiers que l’on connaît aujourd’hui sous les noms de Villeray, Plateau-Mont-Royal, Rosemont et Hochelaga-Maisonneuve.

 

Crédit photo: Patricia Maheu

Montréal explose. La ville change, la population va en grandissant et la qualité de l’air, déjà, préoccupe les élus. C’est alors qu’un règlement municipal oblige les propriétaires à garder un espace vert entre la façade des bâtiments et la rue pour y planter des arbres. À cette même époque, le droit de vote est octroyé aux hommes possédant un terrain d’une certaine valeur, et aux locataires dont le logement est muni d’une entrée indépendante. Les promoteurs se mettent à utiliser cet espace vert obligatoire pour y installer les escaliers. On maximise ainsi l’espace habitable des bâtiments, on permet aux occupants des plex d’avoir leur propre entrée et les propriétaires n’ont plus d’espaces intérieurs communs à chauffer en hiver. Visiblement, tout le monde y trouve son compte.

L’installation de ces escaliers extérieurs est très répandue jusqu’au début du 20e siècle. Et aussi de plus en plus critiquée, pour des raisons à la fois esthétiques et pratiques. L’élite montréalaise fait pression, et les élus montréalais en interdisent finalement la construction au début des années 1940.

Cette interdiction est demeurée en vigueur jusqu’en 1980. Aujourd’hui, on peut à nouveau construire des escaliers extérieurs dans certaines rues et certains quartiers où il y en a déjà.

Dans une ville où l’hiver est roi plusieurs mois par année, on peut trouver étrange cette idée d’escaliers extérieurs ensevelis à la moindre tempête, dont les marches et les rampes, gelées, deviennent un danger public. Combien d’heures les Montréalais passent-ils à déneiger? Combien de tibias cassés à la suite d’une chute dans les marches? Combien de parents rageant à devoir monter poussette et enfant sous la pluie? Combien de déménageurs pestant à tenter de faire passer un divan-lit dans un colimaçon?

Quand même, ils ont un petit quelque chose de poétique, nos escaliers extérieurs. Un petit quelque chose qui, encore une fois, nous distingue des autres.

Si vous voulez en savoir plus sur cette particularité montréalaise, nous vous suggérons le livre de Jean O’Neil et Pierre- Philippe Brunet : Les escaliers de Montréal. Et, en attendant, pourquoi pas une longue balade à pied à travers la ville? Prenez le temps de regarder les façades des maisons, attardez-vous aux détails et aux couleurs. Vous serez surpris par leurs particularités et vous les aimerez encore plus qu’avant.

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