Art de vivre

Joyeux Noëllissime Montréal

Parce que l’âge, parce que les obligations, parce que les êtres chers parfois disparus, parce que parfois cynique, il peut sembler moins aisé de s’envelopper de la magie de Noël en vieillissant, surtout quand nous avons connu des Noëls magiques dans notre campagne profonde d’origine. Comment vais-je savoir faire vivre la magie de Noël en ville, avec pas tant de neige, avec pas tant de voisins qui compétitionnent sur les décos et les lumières, quand je connaîtrai pas le p’tit dernier de Mme Gendron qui chante à la messe des enfants… (Pas comme si j’y allais, mais j’en entendais parler, tsé!)

Comme par magie, malgré un 24 décembre ben sec, c’est-à-dire mouillé mais de pluie (mais sec de neige)… juste avant les coups de minuit, il s’est finalement mis à neiger. Avec plusieurs accidents de langue, cet anglo ténébreux avait fini par amadouer ma carapace  de franco au coeur un peu amoché. Ben ça va faire changement, moins familial, plus exotique, m’étais-je dis. C’est pas plus mal, ça sera différent, peut-être que ça mettra du baume sur ce qui n’est plus. Ce que je ne voulais surtout pas: être avec une personne mais sentir grandir ce sentiment de vide, de manque, de mélancolie. Prenons une chance.

Étant la fière fille de ma mère (et, avouons-le, voulant un brin épater la galerie), j’ai su créer une ambiance tout droit sortie de je ne sais où mais, justement, qui m’amenait ailleurs. L’inspiration était totalement neutre, noëllière certes, mais pas en reproduction de gestes anciens. Nos bouches s’accordant merveilleusement bien, nous avons eu la chance de nous choisir réciproquement des douceurs, des gueuletonises (tentant joliment de dire grignotines !), en bon nombre mais en petites portions, qui ont su rendre à ce moment toute sa qualité, son unicité, son exclusivité. Oui, je suis de celles qui réservent certaines douceurs uniquement pour le temps des fêtes, pour réellement les apprécier et pour faire spécial. Je sais… vieux jeu.

Nous pouvions entendre les voisins amorcer la fête également, pas un chaos du vendredi de soir de show, non, un tapage doux, feutré, nous confirmant que d’autres humains autour se faisaient également du bon bien. Ça a peut-être joué. Nous avions pris soin, plusieurs semaines auparavant, de nous concocter des attentions l’un pour l’autre, faites de nos petites mains. Dénicher le truc tout petit qui fera briller ses yeux, qu’il a mentionné une mini fois il y a trop longtemps. Nous étions fiers, intenses, ouverts. Juste tout nous deux comme il disait.

Pas d’appels à passer à minuit, pas de dîner le lendemain, pas d’obligations parce que… la vie continue, parce que ceux qui seraient souhaités ne sont plus. Graves mais légers, ensemble et juste là. Et il y eut des heures longues de conversations, ces confessions qui donnent des chiffrons (frissons !) de souvenirs, des bons et des moins bons parce qu’ils sont importants également. Noël rappelle la fin de l’année qui approche, la fin de quelque chose, le temps qui ralentit, cette zone tampon importante, nous l’avions décidé cette nuit-là.

Il y a, à Montréal, une autre magie. Celle du jour de Noël, le 25.  Journée où y a rien.  Pas comme dans ma campagne profonde où c’est le festival des autos qui réchauffent (trop) tôt le matin du 25 décembre pour se rendre chez ma tante Chose, pis vite, embarque les cadeaux dans l’auto… non. Il existe réellement ce tampon, ce calme dont ben pas normal pour une grande ville comme la nôtre. C’est vraiment déstabilisant la première fois. C’est spécial, sans doute comme pour honorer les moments de douceur de la veille. Pour laisser les gens atterrir sans trop de heurt. Nous avons décidé d’être wild, le matin du 25, et de nous servir le restant de gratin dauphinois pis les petites douceurs de la veille en déjeuner. On a le droit… C’est fêtes après tout.  Ce qui explique sans doute que nous avons ensuite hiberné pendant quelques jours.   La neige a continué à neiger, tel que promis chaque année. L’agitation est revenue le 26, mais nous ne l’entendions pas parce que nous nous étions trouvé un yonder, ce lieu entre ici et là-bas, à nous. Ce tampon nécessaire, confortable, sécurisant. Ça se peut peut-être, finalement, la magie de Noël, même à Montréal…

Depuis… chaque année, ces nouveaux rituels citadins qui se sont créés avec cet anglo ténébreux, on réussit à ne plus me faire regretter les odeurs d’avant (c’est ce qui me manquait le plus). Je pense que ça s’appelle aussi grandir, ou guérir. Montréal EST magique à Noël. J’espère que vous avez ce genre d’humain à vos côtés pour vous permettre de rendre ce précieux temps d’arrêt à votre image, selon vos besoins. Pis si vous n’entendez pas les voisins amorcer les festivités (parce que ça se fait pas assez à Montréal), allez donc cogner trois p’tits coups (ok, j’suis officiellement vieille) pour partager vos douceurs avec eux.

Joyeux Noël!

 

 

 

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