Histoire

Habitat 67 : Au delà des cubes de béton

Je suis une groupie d’architecture. Ça adonne bien, mon chum aussi. Imaginez le bonheur que nous avons vécu en visitant Habitat 67. Dans le cadre des expositions universelles, on construit toujours un édifice qui restera ensuite de façon permanente, un lègue. Suite à l’Expo 67, c’est d’Habitat 67 que Montréal a hérité.

Je dois aussi vous confesser mon amour du béton. Le béton c’est lourd, c’est flexible et c’est texturé. On peut en faire ce qu’on veut. J’aime ça! Je sais qu’il y a des atrocités bétonnées, mais ce n’est pas la faute du béton, c’est parce qu’il ne coûte pas cher… Et qu’en Amérique, on a beaucoup construit dans le années 1960 et 1970 avec du béton. Mais Habitat 67 c’est plus que des blocs de béton.

Quand on est Montréalais, on ne s’imagine pas qu’Habitat 67 est une œuvre marquante de l’architecture des années 1960. Probablement parce qu’on a le nez collé dessus. Il a fallu qu’un livre sur l’architecture du 20e siècle (une édition anglaise!) l’affirme pour que j’en prenne la mesure. C’est un édifice marquant non seulement par sa forme unique, mais aussi par le sens de la communauté et par son ingénierie.

Visiter l’inaccessible

Comme Habitat 67 est un lieu de résidence, il faut soit connaître un résident, soit faire une visite guidée pour le visiter. Autrement, comme plusieurs groupies de l’architecture, on peut seulement voir la façade et se faufiler en arrière sans y pénétrer, mais on manque beaucoup. Nombreux touristes étrangers et groupies d’architecture tournent autour d’Habitat 67 juste pour le voir. Ce n’est que depuis l’an dernier que des visites sont offertes.

Bref, on était très excités! Tellement, que j’avais peur d’être déçue… Mais non! Je suis encore sur un nuage, comme une jeune fille de 16 ans amoureuse…

L’organisme Habitat67.org présente des visites guidées (jusqu’au 31 octobre) qui s’adressent à tous en français et en anglais. Pas besoin d’être aussi groupie que moi pour apprécier la visite où on nous explique ce qui fait d’Habitat 67 un incontournable de l’architecture du 20e siècle. Non seulement la visite donne accès au site extérieur, mais surtout on visite aussi une unité, celle de l’architecte créateur Moshe Safdie, qui a été restaurée à l’état d’origine: cuisine et salle de bain des années 1960! L’unité de Safdie étant au sommet d’une pyramide, les vues y sont magnifiques. Partout dans Habitat 67, on a vu sur le fleuve, la ville, le pont, les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame. On a l’impression d’être suspendu entre ciel et terre.

Les années 60 et l’esprit de communauté

En regardant Habitat 67, on s’imagine qu’il s’agit d’un empilage de cubes. Ce qui n’est pas faux. Mais vu le design complexe, il fallait que la structure supporte chaque cube sans qu’il n’y ait de mur interne porteur. Les années 1960, c’est la recherche du plan libre. C’est comme si le squelette de l’édifice était devenu sa carapace: un exosquelette. Combinons à cela une recherche de lumière, et vous avez des résidences comme Habitat 67. Moshe Safdie n’est pas le premier à combiner ces deux éléments, mais il le fait vraiment très bien.

Les années 1960 au Québec, et partout en occident, c’est aussi un moment où on s’est demandé comment on habiterait dans le futur. Les reconstructions de l’après-guerre en Europe ont permis des constructions différentes correspondant aux aspirations des résidents. On y trouve des propositions de vie communautaire, de jardins individuels, de l’aération, etc. Habitat 67 reprend toutes ces idées. L’intérêt pour la vie communautaire et sociale dont l’architecte a fait preuve y est très incarnée. Derrière les piles de cubes, on découvre un réseau de passerelles, genre de ruelles, qui lient les unités entre elles et offrent des aires de rencontre aux résidents. On y imagine facilement les enfants y courir ou jouer à la marelle, sauter à la corde à danser, etc.

De derrière on comprend mieux la structure en poste-tension qui tient chaque module d’Habitat. Du haut des pyramides partent des câbles qui traversent les murs extérieurs des modules. Les modules servent à la fois d’ancrage à la tour centrale de la pyramide et de contrepoids aux cubes de l’autre côté de la tour. Si ce type de structure est maintenant couramment utilisé, à l’époque c’était tout à fait nouveau.

Habitat 67: Au delà des cubes de béton

L’expérience Habitat 67

Habitat 67 a certainement fait l’objet de monographies complètes. Je pourrais moi-même m’étendre sur le sujet longtemps… Mais l’expérience réelle vaut bien plus que la lecture. Je vous invite à visiter ce trésor. Si vous ne connaissez rien à l’architecture et aux années 1960, vous ferez une belle découverte; si vous êtes groupie comme moi, vous profiterez de l’accès au site.

Pour tous, c’est une expérience inoubliable. Ce n’est pas tous les jours qu’on entre dans un édifice marquant du 20e siècle.

Crédit photo: Kevin Millet | Modèle: Taina Sunshine

 

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