Histoire

Le Montréal des animaux

«J’ai le sentiment que je respire à Montréal».

Cette phrase, bien souvent, est la réponse que je donne lorsque mes proches me demandent les raisons qui m’ont amené à rester ici. Alors habitué aux fourmilières urbaines où toutes traces naturelles semblent avoir été rayées du paysage, Montréal est la première grande ville où la nature me semble permise de cohabiter avec notre société. Discrète, parfois voyante et turbulente, celle-ci nous permet d’être les témoins, au gré du temps et des saisons, de formidables spectacles fauniques que seuls certains endroits nous offrent parfois la chance d’observer.

Ainsi, sortez le nez de vos smart phones, levez les yeux et suivez-moi, à travers cet article, à la rencontre de certains de ces animaux qui nous entourent.

Nos plus proches colocataires

N’avez-vous jamais eu l’impression d’être épié et observé? De sentir des yeux envieux lorsque vous dégustiez votre lunch dans un des nombreux parcs de Montréal? Ce type de profil vous dit déjà quelque chose ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul! Les animaux que je vais vous citer sont ceux que vous avez, sans aucun doute, déjà croisés à Montréal.

Commençons d’abord par celui qui est l’un des symboles de la ville, l’écureuil. À l’inverse de son cousin roux plus présent en Europe, l’écureuil gris est, du fait de sa proximité avec l’Homme, plus curieux et courageux et il n’est pas rare de pouvoir l’approcher de très près ou de se faire approcher dès l’instant où vous détenez un semblant de nourriture. Sa proximité avec nos habitations m’a toujours surpris et pourtant celle-ci est compréhensible lorsque l’on sait que leurs propres résidences, les arbres, représentent 20% de la superficie de la ville. Mignonne boule de poils pour certains ou insupportable nuisible pour d’autres, l’animal divise, mais demeure pourtant le symbole le plus important de cohabitation avec l’Homme.

Point culture :En descendant sur le sol pour chercher à manger ou cacher de la nourriture, il peut atteindre des vitesses allant jusqu’à 25km/h.

Le cri de la liberté

De 121 à 127cm d’envergure, un cri plus grave que celui des mouettes et une réputation de pique-assiette, je vous présente le goéland à bec cerclé. Présents principalement à l’est de l’île, vous les avez certainement déjà croisés si votre chemin vous a mené le long du Vieux-Port où même parfois dans certains parcs. En pleine migration dans le sud, ils reviendront pour le printemps pour s’établir notamment sur l’île Deslauriers où ils constituent une colonie de 45 000 couples représentant 5% de la population mondiale de l’espèce! Comme beaucoup d’oiseaux, leur présence est tellement devenue habituelle que nous les regardons comme de salissants braillards alors que d’une certaine manière, ce cri poussé est le symbole de la totale liberté que ces animaux ont su garder.

Point culture : Très aventureux, les goélands peuvent parcourir 45km aller retour pour trouver leur nourriture.

Des voisins discrets

Au parc nature de la Pointe-aux-Prairies est survenu un problème majeur, la disparition de la flore. Maladies, insectes ou oiseaux voraces ? Rien de tout cela, mais plutôt le cerf de Virginie qui, avec ses 40 individus recensés, menacerait la biodiversité. Bel animal bien connu des amateurs de ballade champêtre, il est cependant plus rare de le découvrir près des grandes agglomérations et encore moins sur le territoire urbanisé de l’île de Montréal. Traversant parfois à la nage ou profitant du gel du fleuve en hiver, il n’hésite plus à passer par la Rive-Nord et la Rive-Sud, attiré par le fumet délicat des plantes des parcs ou même de certains jardins de particuliers. Une belle représentation d’un voisin sans frontière pour qui toutes nos autoroutes ou nos barrières ne représentent aucun obstacle véritable à leur quête d’espace.

Point culture : En hiver, alors que la neige devient abondante, ils se rassemblent dans des quartiers d’hivernage qui leur offrent de la nourriture et un abri contre les tempêtes et les chutes de neige.

L’île du refuge

Le 8 juin 1611, Samuel de Champlain découvre une île des rapides de Lachine. Stupéfait par l’abondance de Grands hérons, il nommera l’endroit l’île aux hérons qui est aujourd’hui la plus ancienne héronnière connue du Québec. Bien que leur nombre ait considérablement baissé depuis, ils représentent toujours plus de 400 individus qui viennent en été profiter de l’abondance de nourriture sur cet endroit facilement identifiable depuis le ciel. Certains chanceux de l’ouest de l’île peuvent parfois admirer ces animaux majestueux voler au-dessus de leur quartier. Certains pêcheurs ne manquent pas de suivre leurs mouvements pour repérer les meilleurs bancs de poissons. Fascinante et utile, leur présence sur cette île depuis des centaines d’années témoigne de ce que la nature a réussi à conserver tel un rempart à l’omniprésence humaine.

Point culture : Les hérons utilisent plusieurs méthodes de pêche et certains peuvent parfois plonger en eau profonde pour capturer leurs proies.

Des visiteurs éphémères

Ils vont et viennent au gré du bruit et de leur quête de nourriture et bien peu d’entre nous ont déjà pu les apercevoir. Estimés à une vingtaine d’individus, les renards roux semblent être des visiteurs éphémères, parcourant les ruelles et s’échappant au moindre son suspect. Et pourtant, habitués des villes, attirés par la présence abondante des souris et des rats, leur terrain de jeu ne cesse de s’agrandir au fur et à mesure que leur population croît. Aperçus sur le Mont-Royal, au cimetière Côte-des-Neiges et au Jardin botanique, ils sont de ces animaux dont la présence humaine permet son expansion et en font à Montréal, de nouveaux visiteurs qui s’installent et se développent peu à peu.

Point culture: Les jeunes mâles peuvent parcourir de très grandes distances pour trouver de nouveaux territoires. Ainsi certains ont été observés à plus de 250km de leur terre natale.

Un prédateur en ville

Avec son nom me paraissant tout droit sorti d’un film du Far West, le coyote semble être un animal que nous ne risquerions pas de voir à moins d’aller dans des contrées plus éloignées. Et pourtant, saviez-vous qu’il en existe quelques dizaines ici même, à Montréal ? Leur présence a fait couler beaucoup d’encre tant cet animal semble démontrer un danger potentiel pour l’Homme. Cependant, très peureux face à nous, il s’attaque plutôt au bétail, aux rongeurs et parfois aux animaux de compagnie. Présent principalement à l’est de l’île et au Cap-Saint-Jacques, il semble s’adapter et persister à vouloir garder sa place malgré les efforts humains déployés pour l’en dissuader.

Point culture : À l’inverse de beaucoup d’animaux, le coyote se retourne lorsqu’il est poursuivi et s’arrête parfois pour mesurer la distance qu’il a avec ses poursuivants.

Réconcilier l’Homme avec la nature

Alors que la surprise et la curiosité amènent l’œil à s’émerveiller face à la rencontre avec l’animal, elles démontrent aussi de la rareté d’un moment éphémère. Celui où la vie avec l’animal s’est transformée en une tolérance mesurée et où la discrétion est devenue le maître mot pour la survie face aux désirs de l’Homme. Nous avons ainsi oublié que l’être humain, un animal parmi d’autres, se devait de cohabiter avec la faune et donc de se «réconcilier avec la nature» selon les mots du professeur Michael L. Rosenweig, grand promoteur du concept d’écologie de réconciliation.

Absorbés par cette vie active, n’oublions pas de regarder cette nature unique, celle qui réussit à nous tirer un sourire quand nous la voyons vivre à nos côtés. Cette nature, qui reste, malgré les obstacles, toujours présente et vivante dans la ville de Montréal.

PS: Mention honorable à tous les autres animaux non cités, comme les ratons laveurs, les mouffettes, les pékans ainsi qu’aux 120 espèces d’oiseaux, 270 espèces de papillons, 13 espèces d’amphibiens, 8 espèces de reptiles et 80 espèces de poissons.

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