Histoire

Le dur combat de l’itinérance

Notre équipe de collaborateurs d’horizons différents, avons en commun de vouloir faire partager notre regard particulier sur une ville qui nous a vu grandir pour certains et qui nous accueille pour d’autres. Un endroit que nous essayons de décrire comme un lieu où il fait bon vivre comme peuvent en témoigner les nombreux articles permettant d’apprécier cette richesse unique. D’une balade apaisante sur le Mont-royal, d’une bière sur Saint-Denis après une dure journée de travail ou d’un moment d’amusement lors des nombreux festivals, chacun semble y trouver son compte ou tente, tout simplement, de vivre dans une société dont le poids se fait souvent sentir et dans laquelle nous cherchons cette liberté tant souhaitée.

Mais alors que nous partons en quête de ces moments particuliers, certaines rencontres nous ramènent parfois à la dure réalité. Dans une société qui les a exclus, des milliers d’hommes et de femmes, absents de notre regard, peuplent les rues comme un décor oublié que nous ne voulons pas voir. Ils sont pourtant bien là et luttent chaque jour pour des besoins essentiels. Un combat quotidien appuyé par des dizaines d’organismes sociaux soucieux de redonner une dignité à ces gens dans le besoin.

À travers cet article, c’est un constat global que je veux décrire, une dénonciation du paradoxe de Montréal qui, à l’instar d’autres villes, accueille chaleureusement les uns tout en ignorant les autres malgré toutes les personnes qui ont fait de l’itinérance leur combat.

Une situation complexe et alarmante

Lors du dernier dénombrement effectué lors de la nuit du 24 mars 2015, 3016 personnes avaient été décomptées comme étant itinérantes. Un nombre déjà impressionnant qui amène à réfléchir mais qui ne représente seulement que la partie visible de l’iceberg, celle considérant les personnes dormant dans les refuges ou dans la rue comme ceux que l’on peut apercevoir tous les jours près du métro Champ de Mars, dans les rues commerçantes de McGill ou encore à Hochelaga. Pourtant il existe aussi toute une itinérance invisible, particulièrement chez les femmes, se retrouvant pour quelques nuits chez des connaissances, dormant à l’abri des regards dans des lieux de consommation ou dans des logements délabrés dans lesquels elles se sont faufilées pour échapper à la rigueur des températures hivernales.

En effet, il est difficilement imaginable pour nous de penser à tous ces gens passant leur nuit dans un froid glacial. Et malgré la présence de nombreux refuges, la création de haltes-chaleurs et des ouvertures épisodiques de nouvelles places (comme celle récente d’une section de l’ancien hôpital Royal Victoria qui accueillera quatre-vingts nouveaux lits), il semble clair que les moyens ne sont pas adaptés par rapport à la demande qui ne cesse d’augmenter.

Enfin, l’itinérance n’a pas son profil unique et l’ouverture de centres spécialisés comme la Rue des Femmesl’organisme Projets Autochtones du Québec ou encore Dans la Ruedédié à la jeunesse, montrent la volonté de répondre aux besoins particuliers de chaque itinérant. Une prise en charge qui ne passe plus seulement par reconnaître l’itinérance mais l’individu dans l’itinérance.

Une lutte contre les préjugés

Mais au delà d’une question de survie, les itinérants doivent aussi lutter contre tous les préjugés qui empoisonnent notre société et qui rendent leur situation plus dangereuse, violente et humiliante qu’elle ne l’est déjà. Les attaques verbales dont ils font l’objet sont malheureusement récurrentes et illustrent, d’une certaine manière, ce que nous redoutons : l’échec, la pauvreté, la solitude et ce constat nous amène à juger sévèrement l’itinérance comme la conséquence de personnes ayant baissé les bras. Un sans-abri interrogé racontait comment une mère l’avait dévisagé et avait dit à sa fille qui l’accompagnait : « si t’es pas sage, tu vas finir comme lui« . Une agressivité verbale, une humiliation via les dispositifs anti-itinérants et une violence physique comme en 2016 lorsqu’un mineur s’était filmé en train de gifler un sans-abri avant de lui lancer le contenu de son verre. Au delà de cet acte déshumanisant, c’est notre rapidité de jugement qui doit être mis en cause et c’est pourquoi plusieurs associations proposèrent au jeune garçon de venir dans leurs refuges pour se rendre compte de la réalité d’une vie itinérante et des différents parcours les menant à cette situation.

Aider pour la dignité

Pourtant, une lueur d’espoir s’illumine parfois. Celle qui jaillit de toutes ces personnes donnant de leur temps, parfois de leur argent à aider ces personnes dans le besoin. Apporter un repas chaud, briser la solitude, fournir un toit pour une nuit ou aider à la réinsertion sociale, tels sont les missions auxquelles se livrent de nombreux salariés et bénévoles.

La volonté du changement

Les voir sans les voir, les entendre sans véritablement les écouter, les juger sans vraiment les connaître, tels sont les choses contre lesquelles nous devons tous lutter pour réussir à changer une société embourbée dans son individualisme. Reconsidérer l’autre, lui redonner sa dignité ; parfois cela suppose des gestes simples. Je finirai cet article avec les paroles du regretté Abbé Pierre, symbole de cette volonté de changement :

« La maladie la plus constante et la plus mortelle, mais aussi la plus méconnue de toute société, est l’indifférence »

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